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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 16:04

Le 11 novembre dernier, le lancement d’une grappe de 60 satellites dans le cadre du projet Starlink a remis sur le devant de la scène les vues toujours plus démesurées d’Elon Musk et de sa société SpaceX.

Destiné à assurer des connexions pour internet notamment pour les zones pauvres en infrastructures terrestres, Starlink change l’échelle de notre présence dans l’espace. Tandis qu’environ 2 000 satellites actifs tournent aujourd’hui autour de la Terre, avec Starlink, ce sont près de 12 000 satellites en orbite basse (de 300 à 1000 km d’altitude) qui sont prévus.

Une telle ambition suscite interrogations et inquiétudes. L’omniprésence de l’homme et de ses artefacts, qui a déjà causé tant de dégâts à la surface de la planète, va-t-elle s’étendre à l’espace ?

Bien sûr, les choses sont d’un autre ordre de grandeur. La masse satellisée totale : satellites actifs, satellites inactifs, derniers étages de lanceurs et déchets divers compris, est aujourd’hui de l’ordre de 7 à 8 000 tonnes, soit environ 1 gramme par humain ! Elle pourrait être multipliée par 10, 100 ou même par 1000, cela constituerait toujours une quantité absolument infime par rapport à nos artefacts de surface, d’autant que l’espace, même circumterrestre, qui est en 3 dimensions, offre un volume sans commune mesure avec celui de la coquille de 2 ou 300 mètres d’épaisseur à la surface terrestre où se concentrent la quasi-totalité de nos constructions. Enfin, les problèmes de d’interaction avec le vivant ne se posent évidemment pas dans l’espace (*).

Pourtant, deux questions ne laissent pas d’inquiéter.

- D’une part les astronomes risquent de voir de plus en plus de satellites artificiels (sous forme de trainées sur les clichés) là où ils tentent souvent de déceler et d’étudier des astres à la luminosité infiniment plus faible. Leurs caméras et capteurs divers seront saturés de signaux parasites, et pas seulement dans le domaine visible puisque ces satellites satureront aussi d’autres gammes du spectre électromagnétique pour assurer les communications (c’est justement leur objet).

Quant aux humains, quand ils regarderont le ciel, ils contempleront désormais un univers de plus en plus artificiel. Au lieu d’être des étoiles, les astres seront des artefacts. Impossible d’échapper à la civilisation. Voulons-nous de ce monde-là ?

- D’autre-part, le reste des activités spatiales se trouve menacé par un mécanisme de réaction en chaîne dit syndrome de Kessler. Le nombre de collisions possibles entre satellites (aujourd’hui extrêmement faible, on ne connait que de très rares exemples) augmente de façon exponentielle avec le nombre de satellites et surtout, une collision engendre une vaste quantité de débris (plusieurs milliers) qui constituent eux-mêmes de nouveaux satellites susceptibles à leur tour d’entrer en collision avec d’autres et de générer de nouveaux débris. Nous sommes face au risque d’une spirale infernale, d’une véritable réaction en chaîne.

Nous avions déjà dénoncé ici l’irréalisme des projets de conquête de Mars, projets auxquels Elon Musk prend une large part. Nous nous retrouvons face à un problème proche qui est celui de ce sentiment de toute puissance, de volonté de tout conquérir, de tout dominer et d’artificialiser l’ensemble du monde qui nous entoure. Au-delà des questions techniques que peuvent soulever de telles ambitions, c’est la philosophie même de notre action et de notre position dans le monde qui est en cause.  

Beaucoup pensent que la meilleure façon de protéger notre biosphère est de revenir à une activité humaine beaucoup plus modeste sur la Terre. Elon Musk, et bien d’autres, (sur le seul domaine spatial d’autres constellations satellitaires sont en projet : OneWeb, Kuiper… sans oublier les constellations de positionnement déjà existantes type GPS ou Galileo) nous proposent au contraire d’aller vers toujours plus de réalisations, toujours plus d’artificialisation, dans une course (une fuite ?) en avant technologique. L’amour de l’astronomie, le goût de la connaissance et de la compréhension du cosmos ne passent sans doute pas par là.

_____________________________________________________ (*) Ce sujet avait  été abordé sur ce site à l’occasion de la critique du livre de Christophe Bonnal « La pollution spatiale »

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commentaires

BARTHES guilhem 27/02/2020 16:20

Tout a fait d accord: pour linstant on cherche les trains de satellites starlink au milieu des etoiles , bientot on cherchera les etoiles ...
Mais au dela du visuel et de l observation, je m inquiete de la couverture TOTALE par ce maillage. Plus de zones blanches . Et les frequences utilisees commencent autour de 22 GHZ qui est la frequence de resonance de la molecule d eau H2O ... bref un four microonde !
savez vous quel est la puissance au sol de ces signaux starlink ? je n arrive pas a trouver cette info ...
merci d avance
Guilhem