Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 17:34

 

    Parmi tous les propos qui entourèrent le passage à l’an 2000, nos oreilles furent rebattues d’une controverse sur la date exacte d’entrée dans le 21ème siècle (ou dans le troisième millénaire, il s’agit  de la même question). 
    Permettez-moi d’y revenir encore une fois, après tout, c’est un peu de l’astronomie.
 
    Si les média évoquèrent la question, c'est presque toujours le même point de vue qui fut exprimé. On peut le résumer de la façon suivante :
 
    " Tout le monde pense que le 21ème siècle commencera le 1er janvier 2000 mais il débutera en fait le 1er janvier 2001 comme l’affirment  les spécialistes. "

    L’affaire paraissait entendue. Pourtant, cette prétention tant de fois répétée relève surtout du plaisir de contredire les idées simples. Sous la couverture de la compétence (les spécialistes) elle masque au contraire une méconnaissance et une incompréhension de l’histoire du calendrier. 
    Comme pour bien des sujets, il est utile de préciser le cadre dans lequel on situe sa réflexion. On peut ainsi analyser la question sous trois angles : symbolique, historique et mathématique et tenter ensuite d'en tirer le meilleur compromis.
 

 

Sur le plan symbolique.

     Nous sommes là dans le règne de l’arbitraire et chacun est libre de voir le symbole là où le porte sa propre sensibilité.
    Personnellement j’estime que symboliquement le 1er janvier 2000 constitue la meilleure date.
     D’ailleurs pour le millénaire précédent on a souvent évoqué la grande peur de l’an 1000 rarement celle de l’an 1001, preuve que ce symbolisme du chiffre rond est assez répandu. Certains amateurs de science fiction et du célèbre film " 2001 L’odyssée de l’espace " ne partageront peut-être pas cette vision, c’est évidemment leur droit.

 

Sur le plan historique.

    Notre ère est censée avoir commencé avec la naissance de Jésus Christ, messie du premier ou du zérozième siècle après lui-même (là réside une partie de la question). Aujourd’hui beaucoup d’historiens s’accordent à penser que Jésus Christ est venu au monde quelques années avant sa naissance (sic). L’état civil, il est vrai n’était pas encore parfait en l’an 0 (ou en l'an 1, re sic).

    Cinq ou sept ans ? Un peu moins un peu plus ? Le débat reste ouvert et ne sera probablement jamais tranché. De ce point de vue, en l’an 2000, nous étions déja dans le troisième millénaire depuis " un certain temps " !

 

Sur le plan mathématique.

    Ici heureusement, les choses paraissent plus claires et tout dépend simplement de la date du début.

    Un siècle comprenant cent ans et un millénaire mille, alors :

  • Si notre ère a commencé le 1er janvier 0, alors le premier siècle a commencé le 1er janvier 100 et le troisième millénaire le 1er janvier 2000.  
  • Si notre ère a commencé le 1er janvier 1, alors le premier siècle a commencé le 1er janvier 101 et le troisième millénaire le 1er janvier 2001.

    Comme les historiens considèrent généralement  que les ères commencent par leur année 1, on comprend que la seconde version recueille la préférence  et que  le troisième millénaire ait bien débuté le 1er janvier 2001.

 

Alors débat tranché ?  Non !

    En effet, cette analyse bien qu’inspirée par les méthodes des historiens fait curieusement bon marché de l’histoire. 
    Car s’il n’y a pas eu d’année 0, l’année 1 n’a pas existé non plus, ni l’année 2, ni d’ailleurs, aucune année obéissant à cette règle de millésime jusqu’aux alentours de l’an 530 et même, beaucoup plus tard dans la majorité des sociétés.
 

    C’est en effet en 532 (millésime recalculé car à l’époque, et pour cause, on ne pouvait la nommer ainsi) que le moine Denys le Petit proposa une réforme du calendrier ou plutôt de sa date d’initialisation.
   Alors que jusqu'alors, la fondation de Rome (754 ans avant JC) faisait office de point de départ, Denys le Petit, qui espérait peut-être prendre ainsi une assurance sur la vie éternelle, proposa de décompter les années à partir de la naissance de Jésus Christ.

    Si sa réforme fut assez rapidement approuvée par l’église, ce qui se conçoit bien, son application pratique fut plus laborieuse et ne commença guère à entrer dans les mœurs avant les années 700 à 800. En France, on en trouve trace dans les édits royaux seulement à partir de l’an 1000.

 

    Le début de notre ère fut donc déterminé à posteriori et tout est 

    L’existence ou pas d’une année 0 ne relève pas d’une réalité mais d’un arbitraire et spéculer sur les intentions ou sur les calculs de Denys le Petit ne changerait rien à l’affaire.

    On voit par-là que l’affirmation que le troisième millénaire commence le 1er janvier 2001 est mathématiquement séduisante mais qu’elle est incomplète.

   L’ambiguïté est inhérente à l’histoire et sa reconnaissance l’est tout autant à la bonne compréhension des phénomènes.

   Quant au faits, ils ont tranché, les célébrations ont bien eu lieu le 1er janvier 2000.

    Notons cependant que cette absence d’année 0, qui fait directement passer de l’année – 1 à l’année + 1 dans les livres d’histoire, complique singulièrement tous les calculs d’intervalles incluant cette période. Peut-être doit-on voir là l’un des effets déplorables de l’absence de passerelle entre les sciences classiques et les sciences sociales. Si les historiens faisaient un peu de mathématiques, jamais ils n'auraient retenu une règle aussi hérétique que la suppression du zéro.
   Les astronomes, eux, considèrent que l’année 0 a bien existé. Le plus souvent toutefois, ils résolvent les multiples problèmes de calendrier et de correspondances temporelles en utilisant la notion de jour julien (noté JJ ou MJD pour une version simplifiée) qui consiste simplement déterminer la date en comptant les jours sans faire référence aux années.
Cela permet par exemple de voir si une éclipse relevée à telle date dans le calendrier maya est bien là même que celle évoquée dans tel ou tel registre chinois (encore qu'à cause de la différence de longitudes ces deux sociétés ont du mal à voir les mêmes éclipses).

_______________________________________________________________________

Si les questions du calendrier vous intéressent, je vous recommande :

 Le calendrier, de Paul Couderc, Editions PUF, collection " Que sais-je ? " Numéro 203, 1ère édition 1946.

La saga des calendriers ou le frisson millénariste, de Jean  Lefort.  Editions Belin, collection:  Pour la science, bibliothèque scientifique. Edité en 2001. Ce dernier ouvrage est particulièrement complet et instructif.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Didier BARTHES - dans Calendrier
commenter cet article

commentaires

Philippe 05/06/2017 10:55

Attention dans votre dernière phrase vous indiquez de passage de " -1 à l'année 1. Le fait vous employez le signe moins (-) devant le 1 indique que vous utilisez le calendrier de Cassini qui est peu employé dans la vie courante uniquement par les scientifiques (astronomes).

Dans le calendrier des astronomes l'année zéro est bien réelle et a une durée de 366 jours (bissextile).
En plus elle correspond en fait a l'an 1 av J.C. ou l'an 752 de l'ère de Rome.

Par exemple: Alexandre Le Grand est mort à Babylone en 323 av. J.C donc en -322 du calendrier des astronome. Ou en l'an 429 de Rome.

Si j'écris que Alexandre est mort en - 323 av J.C. il y a une double erreur car j'emploie l'usage de deux calendriers différents (voir le signe -).

Mais vous avez raison pour l'ère chrétienne on passe de 1 av J.C. à 1 de notre ère. Il n'y a pas d'année zéro pour notre ère chrétienne.

Mister Croche 04/06/2017 18:24

Désolé de vous contredire, mais du point de vue arithmétique, en dépit de vos observations, le soit-disant "débat" concernant le début d'un siècle ou d'un millénaire n'a pas lieu d'être. Ce sont deux fautes de jugement, ou de simple cohérence, qui empêchent de comprendre pourquoi le troisième millénaire commence bien le 01/01/2001.
La première faute concerne le comptage. On "compte", d'abord empiriquement, c'est-à-dire des objets existants. Mais, encore plus important : si l'on tient absolument à commencer par 0, pourquoi le faire pour les siècles et pas pour les mois par exemple ? À ma connaissance, le mois de janvier est le "premier" et non le "zérotième" mois de l'année.
La deuxième faute tient à la confusion entre la borne d'un intervalle (ici temporel) et l'intervalle lui-même. C'est pourquoi (par convention postérieure à la période historique, je vous l'accorde) on a fixé une année "1" et une année "-1". Et aucunement une année "0". Ici, on retrouve bien la "vacuité" du zéro qui peut désigner un repère abstrait (une borne) mais certainement pas une durée. IL N'Y A PAS UNE "ANNÉE ZÉRO" MAIS UN "INSTANT ZÉRO" (disons, à la minuit du jour de l'an 1). Le zéro, par définition, peut bien indiquer un repère mais n'a aucune existence, donc aucune durée. Et c'est pourquoi on passe de l'année -1 à l'année 1.

Philippe 03/01/2016 20:09

Bonjour et bonne année 2016

Notre calendrier est basé sur les calculs (faux) de Denis Le Petit. Mais celui-ci n'avait pas le choix que d'utiliser les chiffres romain. Le 0 n'existe pas pour lui. Donc l'ère chrétienne commence obligatoirement par l'an 1.

De plus ont écrit pas qu'un événement se passe en -3 ou -7 avant J.C. mais 3 ou 7 avant J.C.. Sauf dans l'emploi du calendrier des astronomes (calendrier de Cassini) ou le 0 est utilisé.

grelots 14/10/2008 09:47

t'as raison sans oublier Flammarion, Rudaux...
Bonne journée
JM

Didier Barthès 04/01/2016 10:22

Merci pour vos vœux et bonne année 2016 à vous aussi.
Oui bien sûr, pour Denys le Petit l'année 0 n'existait pas en chiffres romains. Toutefois lui-même ayant recréé ce point de départ bien après sa réalisation, rien n'empêcherait pour nous mêmes et pour faciliter tous les calculs de baptiser année 0 ce que nous appelons aujourd'hui année - 1 ou année 1 avant JC (votre remarque est juste, il ne faut pas écrire - 1 avant JC). De ce point de vue les astronomes sont plus logiques que les historiens

grelots 13/10/2008 13:46

Paul Couderc, un bon vulgarisateur pour faire partager notre passion au grand public..
A+
JM

Didier BARTHES 14/10/2008 09:37


Oui c'est vrai moi je l'aime bien d'ailleurs globalement je trouve qu'on a de très bons vulgarisateurs de 'lastronomie, Couderc mais aussi Reeves, Luminet, Brahic et quelques autres. De ce point de
vue l'astronomie est très bien servie comme science.