Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 12:18

  
    C’est à peine une nouvelle tant la rumeur l’avait précédée depuis les travaux de la commission Augustine : Les Américains abandonnent leur retour sur la Lune et cessent de financer le programme Constellation. M. Barack Obama l’a confirmé dans son discours du 1er février.

 

     Plusieurs raisons poussaient à une semblable décision : Le projet avait peu d’intérêt scientifique et était financièrement bien mal engagé.

     Peu d’intérêt scientifique, car au fond, ce n’était qu’un programme Apollo- bis comme nous l’avions déjà souligné. Sans doute aurions nous vu  simultanément trois ou quatre hommes sur la Lune au lieu de deux. Sans doute, les missions auraient-elles été un peu plus longues.  Mais enfin globalement, c’était la même chose. Peut-on dépenser autant pour faire du déjà fait ?


    Les justifications de ce retour étaient peu crédibles :


    Préparer un voyage habité sur Mars ?

   C’est pour l’instant tout à fait hors de nos moyens techniques malgré les affirmations de quelques optimistes forcenés. Rappelons qu’aller sur Mars réclamera des avancées technologiques majeures notamment en matière de propulsion. Or, n’avons fait aucun progrès en ce qui concerne les fusées depuis Apollo (il y a 40 ans). En terme de puissance, d’efficacité (rapport masse du propulseur / masse satellisée), et même de fiabilité, aucun lanceur n’a fait mieux que Saturne 5. Eh oui ! Une fusée avant d’être de l’électronique, c’est d’abord de la mécanique et là, les progrès sont marginaux.


   Aller sur la Lune pour y faire de la science ? 

   Non, le coût est trop élevé, mieux vaut utiliser des robots, d’ailleurs on sait déjà que le régolite, cette poussière lunaire omniprésente, collante et très abrasive rend les choses excessivement difficiles. Tous les projets de télescopes lunaires sont d’ailleurs à l’arrêt.


    Aller sur la Lune pour y récupérer des minéraux rares (on pense à l’hélium 3 ) ?

    Là aussi, c’est complètement illusoire. La dilution de cet élément est telle et le coût de manipulation d’un kg de matière sur la Lune tellement élevé que cela relève de la seule science fiction.

  
    L’affaire était mal engagée et bien mal préparée. Ajoutons pour faire bonne mesure que le projet était insuffisamment financé. On ne va pas sur un autre monde pour quelques milliards par an. C’est une affaire lourde qui nécessite qu’une nation y mette des moyens conséquents et s’y engage totalement. On en était loin et la guerre froide ne pouvait plus constituer le moteur du projet comme elle l’avait été pour Apollo.


   En cela, et malgré le sacrifice du rêve (parce que quand même !) la décision de M. Obama peut se comprendre.

 

  Pour autant ce revirement soulève de lourdes interrogations.
 

   Tout d’abord sur la capacité de l’administration américaine à faire preuve d’un minimum de continuité. Un programme de retour sur la Lune avait déjà été lancé par Georges Bush père. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a bénéficié de bien peu d’appui de la part de l’administration suivante (Bill Clinton : 1992-2000).


   C’est maintenant au tour du programme de Georges Bush fils (2000-2008) d’être torpillé par Barack Obama. Si leurs prédécesseurs avaient agi de même, si Lyndon Johnson (1963-1968) puis Richard Nixon (1968-1972) n’avait pas donné suite au projet lancé par John Kennedy (1960-1963) jamais les américains n’auraient atteint notre satellite.


   Le mandat présidentiel américain dure quatre ans, éventuellement huit, un programme spatial ambitieux se déroule par définition sur plusieurs d’entre eux.
    La NASA a beau faire preuve de beaucoup de talent, elle ne peut accomplir de miracle. Si l’on change ses objectifs et remet en cause ses financements tous les quatre ans, on va droit à l’échec et l’argent est dépensé sans résultat. Constellation a déjà coûté 9 milliards de dollars, pour quoi ?

 

   A cette absence de continuité s’ajoute plus grave encore. La priorité donnée à la poursuite de la Station Spatiale Internationale (ISS) et à l'allongement de sa durée de vie.

   L’abandon d’un projet mal conçu pouvait se comprendre, inutile de persévérer dans l’erreur, mais l’abandon pour financer plus inutile encore en tuant le petit peu de rêve qui subsistait dans la conquête spatiale : C’est dommage.

    La station spatiale internationale ne sert à rien ! (**)
   Telle une gigantesque administration qui tournerait à vide, elle est devenue son propre projet. Les astronautes passent d’ailleurs leur temps non à faire de la science mais à agrandir, à entretenir, et à équiper leur station. D’outil, l’ISS est devenu objet. Les grands laboratoires pharmaceutiques qui comptaient sur la microgravité pour faciliter l’élaboration industrielle de telle ou telle substance ont abandonné cette ambition irréaliste.


    Imaginons ce que nous aurions pu faire si les 100 à 150 milliards de dollars qu’a coûté l’ISS avaient été investis dans des sondes automatiques. Nous pourrions avoir des engins en orbite autour de toutes les planètes du système solaire et de leur principaux satellites ? Nous aurions pu tenter des " atterrissages " sur certains d’entre eux (Io, Europe, Triton, Encelade…) ? Nous aurions pu mettre un deux trois équivalents de Hubble pour scruter l’Univers.


    L’abandon d’un projet mal conçu pouvait se comprendre, inutile de persévérer dans l’erreur, mais l’abandon pour financer plus inutile encore en tuant le petit peu de rêve qui subsistait dans la conquête spatiale : C’est dommage !

    Quant à la privatisation partielle des activités spatiales :  Difficile de juger par avance. De fait les fusées avant d’être assemblées et lancées par la NASA sont, depuis toujours, fabriquées en partie par des entreprises privées. Faut-il accentuer le mouvement ? Aurons-nous mieux pour moins cher ? Pas sûr, aucun exemple ne l’a jamais complètement démontré.

 

 

    Alors quel jugement global  porter sur cette réorientation générale ? D'un coté : Une décision difficile mais compréhensible et de l'autre : Une projet principal catastrophique. Où situer la balance ? 
    Une chose pourrait donner un peu d’optimisme. Le budget global de la NASA (*) est maintenu et même, semble-t-il, légèrement augmenté. Enfin, la NASA s’engagerait dans des recherches technologiques pour améliorer les engins spatiaux et favoriserait ses missions scientifiques pour mieux connaître les planètes et l’Univers. Ce serait là une  bonne nouvelle. Toutefois, rien de précis n’est acquis sur ce point.
     On attendait mieux de M. Obama après une série de présidents américains pour qui l’espace semblait compter bien peu.



(*) Un peu moins de 15 milliards d’euros par an, ce qui reste négligeable par rapport au déficit public abyssal de l’Etat américain.

(**) Sauf à des objectifs politiques (il a parfois été considéré qu'elle avait été un outil essentiel pour maintenir à flot la Russie et achever la guerre froide dans de bonnes condititons), c'est là une autre question qui ne constitue pas l'objet principal de ce site.



Partager cet article

Repost 0
Published by Didier BARTHES - dans Actualités
commenter cet article

commentaires

Hervé M42 19/02/2010 22:45


Je suis d'accord avec votre note d'optimiste. Pour ma part, une station sur la Lune semble un peu disproportionnée aux vues de nos moyens de transport et de l'investissement à conssentir.


Didier BARTHES 20/02/2010 10:32



Oui. Il  reste bien sûr à savoir si l'argent économisé sur ce programme sera attribué à des missions d'exploration ou
seulement "perdu" dans le gouffre financier et le néant scientifique que constitue (selon moi) la station spatiale internationale (ISS).