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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 18:04

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Il y a 45 ans, ce 21 juillet 1969 (*), l’homme posait pour la première fois le pied sur une autre planète. Quoiqu’assez vite la chose sembla devenir banale au point que les dernières missions furent peu suivies, cet exploit reste certainement le plus grand que l’humanité ait jamais réalisé tant la tâche était difficile et le symbole extraordinaire.

L’histoire a d’ailleurs souligné l’ampleur de cette difficulté, puisque près d’un demi-siècle plus tard, rien de ce que nous avons entrepris en la matière ne peut y être sérieusement comparé.

Certes, nous avons obtenu d’intéressants résultats scientifiques ; le développement de l’électronique nous ayant permis d’envoyer force caméras et détecteurs divers sur de nombreux robots. Les planètes Vénus, Jupiter, Saturne et surtout Mars sont désormais bien étudiées et plusieurs télescopes spatiaux scrutent quotidiennement l’Univers à ses différentes échelles.

Par contre, l’exploration humaine a totalement marqué le pas et même régressé. Si, à 360 km au-dessus de nos têtes tourne une Station Spatiale, mais cela ne fait guère rêver que ceux qui y sont directement impliqués. Beaucoup s’accordent à dire que les résultats scientifiques sont loin d’être au rendez-vous et que ce complexe orbital répond surtout à des objectifs politiques. La navette spatiale, aujourd’hui au musée, si elle fut complexe sur le plan technique fut bien modeste quant à ses ambitions d’autobus de l’espace. Il y a 45 ans, la mission Apollo 11 allait mille fois plus loin pour découvrir un nouveau monde.  

La désillusion s’exprime aussi par l’abandon de tous les autres projets. En 1970 certains imaginaient que dès 1975 seraient lancés des programmes d’exploration humaine de Mars. Un lanceur à propulsion nucléaire, Nerva, fut un temps étudié et même testé. Las, tout ceci fut abandonné et les différents projets évoqués depuis n’ont jamais fait illusion bien longtemps, ni la volonté politique, ni les moyens financiers, ni les moyens techniques ne sont aujourd’hui en mesure de porter de telles ambitions.

Pour une part, cela relève d’une relative stagnation technologique, en particulier concernant les lanceurs. Aujourd’hui, 48 ans après le premier vol de Saturne 5, nous n’avons jamais fait mieux :  jamais en terme de puissance, puisque le premier étage  de cette fusée pouvait soulever plus de 3000 tonnes, jamais en terme d’efficacité puisque le ratio entre la masse placée en orbite basse (130 tonnes environ) et celle du lanceur dépassait 4% ce qui est supérieur à ce que l’on fait aujourd’hui, et enfin jamais non plus en terme de fiabilité puisque Saturne 5 connut un taux de réussite de…. 100 % (sur peu de lancements il est vrai).

Il n’y a pas eu d’évolution technologique notable. Nous nous faisons des illusions sur ce point en nous focalisant sur l’électronique, mais un lanceur c’est d’abord de la mécanique et là, les progrès ont été très minimes.

L’autre raison en est bien sûr la difficulté propre à une mission martienne. La planète rouge se trouve au mieux à 125 fois la distance qui nous sépare de la Lune et en utilisant ce que l’on nomme les trajectoires de Hohmann (les plus économiques) cela impose un voyage d’environ 18 mois (6 mois aller, 6 mois sur place, 6 mois de retour) le tout, sans possibilité sérieuse d’interrompre la mission en cas de difficulté. C’est au-delà de ce que nous savons faire, la logistique à mettre en place est trop lourde.

La dernière difficulté est d'ordre sociétal, économique et écologique. Le monde s’approche sans doute d’une confrontation aux limites physiques de la planète, il ne disposera plus ni des ressources nécessaires, ni de la volonté pour monter de tel projet. L’une des conditions du succès d’Apollo, en plus de la chance qu’il serait erroné de négliger, fut la capacité à mobiliser un pays pour un objectif clair, facilement visualisable et merveilleux. Ces conditions ne semblent pas devoir se renouveler. Le heurt entre l’Homme et son milieu risque de nous imposer d’autres priorités, et avant tout la sauvegarde écologique de la planète. C’est d’une toute autre difficulté encore, car cela nécessite une remise en cause complète de notre rapport au monde, cela suppose de renoncer à une extension permanente de nos pouvoirs, de nos effectifs, de nos productions, bref cela suppose comme le disait Alain Gras "d’établir un rapport plus humble avec la planète". Dans ce cadre-là, les grands projets spatiaux n’auront probablement plus leur place. Bien que l’Histoire soit emplie de prédictions plus tard démenties,  je fais le pari qu’au cours de ce siècle Mars ne recevra pas notre visite. Contentons-nous donc de revoir ces images extraordinaires, mais d’un autre temps.

Pour les nostalgiques

La mission Apollo 11 (Wikipédia)  

Le plus célèbre départ de l’Histoire  

Le premier pas

La mission vue par la télévision (une heure)

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(*) Le lundi 21 juillet 1969 à 2 heures 56 minutes et 20 secondes précisément en temps universel  

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Published by Didier BARTHES - dans Histoire
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commentaires

teysseire 21/07/2014 19:13


Finalement, je trouve que c'est une bonne chose: au moins nous laissons  l'espace et les planètes en paix et nous pouvons continuer à rêver en levant les yeux vers des lieux immenses et
mystérieux...


Je me souviens néanmoins de cette nuit là: ma mère m'a réveillée et a tenu absolument à ce que je regarde la lune depuis notre balcon.Je ne sais pas si elle espérait voir Armstrong, mais elle
était émerveillée (plus que l'ado ensommeillée que j'étais!)

Didier BARTHES 21/07/2014 21:41



Dans sa grande sagesse la nature a mis des distances entre l'Homme et le reste du monde. Avait-elle senti venir les problèmes ?



Michel Benizri 21/07/2014 18:56



Merci Didier,
Merci de nous rappeler le jour de cet anniversaire merveilleux. J'avais 10 ans et je ne me suis pas couché avant la fin de la retransmission. Quel souvenir!!!
L'article est très intéressant question perspectives.



Michel

Didier BARTHES 21/07/2014 21:39



Merci à vous.