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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 20:04

 

Exo360.jpgLa presse s’est fait récemment l’écho de la découverte d’une planète rapidement qualifiée de jumelle de la Terre sur laquelle on a tôt fait d’envisager la vie ! C’est aller un peu vite en besogne.

 

 

 

 

Kepler 186 f, puisque tel est son petit nom, découverte par la méthode des transits (occultation  partielle de l’étoile par la planète) orbite autour de l’étoile naine rouge Kepler 186 en 130 jours, le tout à 492 années lumières de notre monde.

Les toutes premières analyses n’ont pas permis de déceler de conditions physiques qui excluraient formellement la présence d’eau liquide à la surface de la planète. De cette non exclusion de conditions nécessaires, d’aucuns, et la presse en particulier, ont vite fait de déduire l’existence de conditions suffisantes, voire la forte probabilité d’une vie sur un astre pourtant encore bien mystérieux. La prudence devrait être de mise.

Rappelons d’abord ce que l’on entend par découverte d’une planète extrasolaire. Il ne s’agit pas de la réalisation d’une belle photo qui nous en montrerait les couleurs et les contours, laissant deviner des nuages, des océans ou de vertes prairies. Non, d’ailleurs il ne s’agit pas d’image du tout mais plutôt d’arides tableaux de chiffres à l’interprétation difficile.

Si la planète est découverte par la méthode des vitesses radiales cela signifie que de manière régulière, en l’occurrence, toutes les fois qu’elle parcourt son orbite, on décèle dans la lumière qui provient de l’étoile mère, un léger décalage tantôt vers le bleu tantôt vers le rouge. Ce décalage correspond au rapprochement et à l’éloignement de l’étoile (plus précisément à sa vitesse de rapprochement et d’éloignement  par rapport à l’observateur) dû au léger mouvement que la planète orbitant autour d’elle lui imprime. On ne voit pas la planète, on ne voit même pas le mouvement induit de l’étoile, on mesure juste un décalage spectral régulier. Ce décalage doit être finement analysé compte tenu de tous les phénomènes parasites ; notamment les complexes mouvements de l’observateur terrestre positionné sur une planète elle-même en orbite et en rotation (c’est encore plus compliqué quand l’observateur est un satellite). D’autres sources propres à l’étoile étudiée peuvent également générer des décalages.

Si la planète est, comme en ce cas, découverte par la méthode dite des transits, on mesure alors une très  légère baisse de la luminosité de l’étoile quand la planète passe entre elle et l’observateur (phénomène d’occultation). Mais là aussi, pas d’image, inutile de rêver à une photo de l’étoile avec un petit point devant comme on peut en voir lors des transits de Vénus ou de Mercure, non, tout cela est beaucoup trop loin.

On le voit, les preuves sont ténues et leur interprétation difficile. Bien sûr, les astronomes ont travaillé sérieusement et cette planète existe certainement, toutefois, nombreuses sont les raisons d’être prudent.

Tout d’abord, (voir l’article de Ciel et Espace) du peu que l’on sait, les conditions sur cette planète sont très différentes des nôtres. Son étoile est beaucoup plus petite et moins chaude que le soleil (c’est le cas de la majorité des étoiles) et la planète verrait ses périodes de rotation et de révolution synchronisées ce qui induirait la présence d’un hémisphère toujours éclairé et d’un autre toujours dans la nuit. Nous serions bien déconcertés sur un tel monde : brulant d’un côté, glacé de l’autre. Si vie il y a, elle a dû faire preuve de formes d’adaptation très particulières.

Mais la principale source de critiques que l’on peut adresser aux commentaires excessivement enthousiastes est la confusion entre les conditions nécessaires et les conditions suffisantes.

Il semble que la planète orbite dans la zone dite habitable c’est-à-dire où l’intensité du rayonnement de l’étoile n’est ni trop forte, ni trop faible pour interdire la présence d’eau liquide. Cela ne signifie pas qu’il y ait de l’eau liquide (et encore moins de façon durable). Cela signifie juste que nous ne sommes pas en mesure d'assurer qu'il n'y en ait pas. Pour que dans ces conditions il y ait effectivement de l’eau, il faudrait que la planète en possède (de façon native ou apportée par les comètes) et que cette eau soit maintenue en place par une atmosphère, car sans atmosphère l’eau se transforme en glace ou bien se sublime mais ne peut rester liquide, c’est par exemple ce qui se passe sur la Lune, l’eau liquide ne peut y subsister en surface.

On voit donc que d’une non interdiction, on passe à une plausibilité d’existence, c’est un pas vite franchi. Quant à la vie sur cette planète, c’est encore une autre histoire. Bien sûr, l’eau semble une condition nécessaire à la vie, mais là encore, pas une condition suffisante, s’il y avait de l’eau, y aurait-il de la vie ? Nous n’en savons rien. Rappelons que malgré toutes nos connaissances en biologie, même avec de l’eau et tous les nutriments du monde nous sommes bien incapables de recréer la vie. Le monde est subtil, ne nous jetons pas sur des évidences trop faciles, même si elles vont dans le sens de nos désirs.

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Voir ici un petit exposé des trois principales méthodes de détection des planètes extrasolaires.  

Source de l’image : Nasa (vue d’artiste, il ne s’agit évidemment en rien d’une photo). 

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Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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commentaires

Merry ANFRAY 20/04/2014 20:28


Il peut bien y avoir de la vie ... puisque les conditions l'interdisant ne sont pas identifiées ...


Plaisanterie mise à part, cette mise au point est importante. A force d'utiliser ces effets d'annonce (qui sont une perversion de la réalité en l'occurrence), on trompe le public qui ne saura
plus apprécier d'éventuelles informations à venir confirmant ou infirmant la comparaison avec la Terre. L'eau sur Mars a été un précédent.

Didier BARTHES 20/04/2014 20:42



Merci pour votre humour... Et pour la suite, oui, vous avez raison. Le cas de l'eau sur Mars est un excellent exemple d'information sur (et mal) médiatisée. J'avais
d'ailleurs envisagé de l'évoquer dans cet article, il y avait sa place.