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Parmi tous les propos qui entourèrent le passage à l’an 2000, nos oreilles furent rebattues d’une controverse sur la date exacte d’entrée dans le 21ème siècle (ou dans le troisième millénaire, il s’agit de la même question).
Permettez-moi d’y revenir encore une fois, après tout, c’est un peu de l’astronomie.
Si les média évoquèrent la question, c'est presque toujours le même point de vue qui fut exprimé. On peut le résumer de la façon suivante :
" Tout le monde pense que le 21ème siècle commencera le 1er janvier 2000 mais il débutera en fait le 1er janvier 2001 comme l’affirment les spécialistes. "
L’affaire paraissait entendue. Pourtant, cette prétention tant de fois répétée relève surtout du plaisir de contredire les idées simples. Sous la couverture de la compétence (les spécialistes) elle masque au contraire une méconnaissance et une incompréhension de l’histoire du calendrier.
Comme pour bien des sujets, il est utile de préciser le cadre dans lequel on situe sa réflexion. On peut ainsi analyser la question sous trois angles : symbolique, historique et mathématique et tenter ensuite d'en tirer le meilleur compromis.
Sur le plan symbolique.
Nous sommes là dans le règne de l’arbitraire et chacun est libre de voir le symbole là où le porte sa propre sensibilité.
Personnellement j’estime que symboliquement le 1er janvier 2000 constitue la meilleure date.
D’ailleurs pour le millénaire précédent on a souvent évoqué la grande peur de l’an 1000 rarement celle de l’an 1001, preuve que ce symbolisme du chiffre rond est assez répandu. Certains amateurs de science fiction et du célèbre film " 2001 L’odyssée de l’espace " ne partageront peut-être pas cette vision, c’est évidemment leur droit.
Sur le plan historique.
Notre ère est censée avoir commencé avec la naissance de Jésus Christ, messie du premier ou du zérozième siècle après lui-même (là réside une partie de la question). Aujourd’hui beaucoup d’historiens s’accordent à penser que Jésus Christ est venu au monde quelques années avant sa naissance (sic). L’état civil, il est vrai n’était pas encore parfait en l’an 0 (ou en l'an 1, re sic).
Cinq ou sept ans ? Un peu moins un peu plus ? Le débat reste ouvert et ne sera probablement jamais tranché. De ce point de vue, en l’an 2000, nous étions déja dans le troisième millénaire depuis " un certain temps " !
Sur le plan mathématique.
Ici heureusement, les choses paraissent plus claires et tout dépend simplement de la date du début.
Un siècle comprenant cent ans et un millénaire mille, alors :
Comme les historiens considèrent généralement que les ères commencent par leur année 1, on comprend que la seconde version recueille la préférence et que le troisième millénaire ait bien débuté le 1er janvier 2001.
Alors débat tranché ? Non !
En effet, cette analyse bien qu’inspirée par les méthodes des historiens fait curieusement bon marché de l’histoire.
Car s’il n’y a pas eu d’année 0, l’année 1 n’a pas existé non plus, ni l’année 2, ni d’ailleurs, aucune année obéissant à cette règle de millésime jusqu’aux alentours de l’an 530 et même, beaucoup plus tard dans la majorité des sociétés.
C’est en effet en 532 (millésime recalculé car à l’époque, et pour cause, on ne pouvait la nommer ainsi) que le moine Denys le Petit proposa une réforme du calendrier ou plutôt de sa date d’initialisation.
Alors que jusqu'alors, la fondation de Rome (754 ans avant JC) faisait office de point de départ, Denys le Petit, qui espérait peut-être prendre ainsi une assurance sur la vie éternelle, proposa de décompter les années à partir de la naissance de Jésus Christ.
Si sa réforme fut assez rapidement approuvée par l’église, ce qui se conçoit bien, son application pratique fut plus laborieuse et ne commença guère à entrer dans les mœurs avant les années 700 à 800. En France, on en trouve trace dans les édits royaux seulement à partir de l’an 1000.
Le début de notre ère fut donc déterminé à posteriori et tout est là
L’existence ou pas d’une année 0 ne relève pas d’une réalité mais d’un arbitraire et spéculer sur les intentions ou sur les calculs de Denys le Petit ne changerait rien à l’affaire.
On voit par-là que l’affirmation que le troisième millénaire commence le 1er janvier 2001 est mathématiquement séduisante mais qu’elle est incomplète.
L’ambiguïté est inhérente à l’histoire et sa reconnaissance l’est tout autant à la bonne compréhension des phénomènes.
Quant au faits, ils ont tranché, les célébrations ont bien eu lieu le 1er janvier 2000.
Notons cependant que cette absence d’année 0, qui fait directement passer de l’année – 1 à l’année + 1 dans les livres d’histoire, complique singulièrement tous les calculs d’intervalles incluant cette période. Peut-être doit-on voir là l’un des effets déplorables de l’absence de passerelle entre les sciences classiques et les sciences sociales. Si les historiens faisaient un peu de mathématiques, jamais ils n'auraient retenu une règle aussi hérétique que la suppression du zéro.
Les astronomes, eux, considèrent que l’année 0 a bien existé. Le plus souvent toutefois, ils résolvent les multiples problèmes de calendrier et de correspondances temporelles en utilisant la notion de jour julien (noté JJ ou MJD pour une version simplifiée) qui consiste simplement déterminer la date en comptant les jours sans faire référence aux années. Cela permet par exemple de voir si une éclipse relevée à telle date dans le calendrier maya est bien là même que celle évoquée dans tel ou tel registre chinois (encore qu'à cause de la différence de longitudes ces deux sociétés ont du mal à voir les mêmes éclipses).
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Si les questions du calendrier vous intéressent, je vous recommande :
Le calendrier, de Paul Couderc, Editions PUF, collection " Que sais-je ? " Numéro 203, 1ère édition 1946.
La saga des calendriers ou le frisson millénariste, de Jean Lefort. Editions Belin, collection: Pour la science, bibliothèque scientifique. Edité en 2001. Ce dernier ouvrage est particulièrement complet et instructif.